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Une ACL, ou Access Control List (en anglais : « liste de contrôle d'accès ») est, pour définir simplement la notion, une liste de permissions sur un fichier, un répertoire ou une arborescence, ajoutée aux permissions « classiques » (c'est-à-dire, techniquement, les permissions POSIX.1) de ce fichier. Ces permissions concernent des utilisateurs et/ou des groupes définis. La gestion des ACL sous GNU/Linux s'inspire de la norme POSIX 1003.1e (projet 17) mais ne la respecte pas entièrement.
Au moyen des ACL, on peut étendre le nombre d'utilisateurs et de groupes ayant des droits sur un même fichier. Rappelons que, dans le monde UNIX, chaque fichier ne peut normalement indiquer des permissions que pour un seul utilisateur et un seul groupe, qui s'opposent à une unique catégorie correspondant à « tous les autres » (ou « le reste du monde »). Avec les ACL, on peut (entre autres) ajouter à un fichier d'autres utilisateurs et groupes et définir leurs droits séparément. On se rapproche ainsi du système de permissions pratiqué sur les plate-formes NT (de nombreuses différences subsistent, cependant).
Les ACL sont très utiles (voire indispensables) dans des environnements informatiques axés sur le travail collaboratif et mutualisé ; de même, leur utilisation avec SAMBA permet d'en étendre les capacités.
Soit un fichier /var/www/index.php (page d'index d'un site web, par exemple) dont les droits sont les suivants :
En d'autres termes, root en est le propriétaire ; il peut le lire et le modifier ; le fichier est aussi accordé au groupe www-data (celui sous lequel, par exemple, tourne le serveur web), dont les membres peuvent le lire mais pas le modifier. Quant au reste du monde, il ne peut pas y accéder (le fichier contient des informations confidentielles telles qu'un mot de passe à une base de données MySQL).
Imaginons qu'on veuille rendre le fichier accessible en lecture aux utilisateurs jean et luce, en lecture et écriture à khadija et alice. On pourrait à la rigueur faire entrer jean et luce dans le groupe www-data mais cela introduirait une faille de sécurité car www-data peut aussi accéder à des données qui ne les concernent pas. Il n'est en tout cas rationnellement pas prudent d'ajouter khadija et alice au groupe root. On ne peut non plus changer les permissions (les mettre en lecture et écriture pour tout le monde) ou modifier le propriétaire et le groupe.
Les ACL sont là une solution pratique et facile à gérer dans ce cas ; il suffit d'ajouter des permissions à l'ACL du fichier (grâce à des commandes décrites plus bas) pour qu'il se présente ainsi :
Selon la version du noyau utilisée, le support des ACL peut ou non être déjà compilé. S'il l'est, il faut aussi que la partition contenant les fichiers dont on veut étendre les droits soit montée avec l'option idoine.
Il faut d'abord savoir si le noyau a été compilé avec le support des ACL. Le plus simple est de le vérifier dans le fichier de configuration du noyau, fichier normalement situé sous /boot. Pour ce faire, utiliser la commande grep :
Elle doit renvoyer la ligne suivante :
pour signaler que le support général des ACL est présent, et plusieurs lignes du type
où SystèmeDeFichiers peut recevoir les valeurs (pour un noyau 2.6.8-2-386 à la date de rédaction) EXT2, EXT3, JFS et XFS. On peut aussi utiliser les ACL avec les systèmes de fichiers IBM JFS, ReiserFS, SGI XFS et NFS. Leur implémentation peut nécessiter de patcher le noyau. Noter que les ACL ne sont pas possibles avec des systèmes de fichiers comme vfat qui ne gèrent aucun type de permissions.
Si la valeur des options n'est pas correcte, vous devez recompiler votre noyau. N'oubliez pas de prévoir au moins un système de fichiers pour lequel les ACL seront permis.
Quand le noyau est disposé à gérer les ACL, on doit préparer les partitions montées dans un système de fichiers adapté (par exemple, il est exclu de vouloir utiliser ces permissions avec du vfat).
Il faut monter les partitions voulues avec l'option acl. Par exemple :
Si la partition est déjà montée, on peut modifier ces paramètres à la volée :
L'inscription dans /etc/fstab des options de gestion des ACL est recommandée quand leur utilisation est régulière. Par exemple, notre même couple partition / point de montage serait déclaré ainsi :
À chaque montage automatique des partitions, le support des ACL sera activé.
Il existe deux commandes essentielles : l'une pour manipuler l'ACL d'un fichier (setfacl) et l'autre pour la consulter (getfacl). Les commandes traditionnelles chmod et chown ne peuvent accéder aux ACL.
Ces deux commandes nécessitent, sous Debian (et distributions dérivées, comme Knoppix ou Ubuntu), l'installation du paquetage « acl ». Pour l'installer :
(ajout de pour Ubuntu)
Pour les distributions à base de RedHat (donc aussi Fedora, Mandriva), il faut installer les paquetages et (leur nom contient leur numéro de version).
Le nom de la commande se comprend set file's ACL (« régler l'ACL du fichier »). Elle possède de nombreuses options dont il convient de prendre connaissance en consultant la page de manuel (). La commande fonctionne bien sûr aussi de manière récursive (option ) :
modifie l'ACL de tous les fichiers situés sous /var/www/ en attribuant une permission de lecture et d'écriture à l'utilisateur khadija.
La syntaxe fondamentale est simple. La commande
modifiera () l'ACL de /var/www/index.php en attribuant à l'utilisateur (préfixe ) khadija les droits et en lui refusant le droit d'exécution (qui n'a pas été mentionné dans la commande).
Les principaux paramètres à connaître sont :
On peut construire des commandes plus complexes en enchaînant les entrées dans l'ACL :
définit des permissions dans l'ACL de /var/www/index.php pour l'utilisateur khadija, le groupe site1 et le reste du monde.
Cette commande permet aussi de modifier les permissions classiques (et remplace dans ce cas chmod) : l'utilisateur, le groupe et le reste du monde initiaux du fichier sont simplement désignés par le préfixe (, , ) suivi d'un nom vide : si un fichier index.php appartient à luce:www-data avec les droits , pour donner à l'utilisateur et le groupe les droits en lecture et écriture il suffit d'une commande . Si l'utilisateur et le groupe possèdent déjà un droit qui ne serait pas mentionné dans la commande setfacl, ce droit sera annulé. Soit le fichier index.php avec les droits pour luce:www-data. La commande modifiera les droits à pour pour luce:www-data.
Noter qu'un fichier dont seules les permissions classiques ont été altérées par setfacl au lieu de chmod ne reçoit pas pour autant une ACL. De fait, il n'est pas référencé par comme fichier à ACL (marqueur ; voir plus bas).
Les droits étendus d'un objet parent ne sont pas automatiquement hérités par les objets contenus. Par exemple, si un répertoire (root:www-data, ) possède une ACL , un fichier créé à l'intérieur (ou déjà présent avant l'adjonction de l'ACL) ne reçoit pas cette ACL et ses droits sont ceux impliqués par l'umask défini.
On peut modifier ce comportement en ajoutant, aux répertoires seulement, un attribut default, codé , qui se transmet à tous les fichiers créés dans le répertoire après l'ajout de l'ACL par défaut. Par exemple, donne à luce les droits de lecture et écriture (ainsi qu'« exécution » quand il s'agit de répertoires) pour tous les fichiers qui seront créés sous /var/www à partir de ce moment, jusqu'à ce que cette ACL « par défaut » soit annulé ou remplacé.
Pour annuler tout ou partie d'une ACL :
ôte tout le contenu de l'ACL du fichier, tandis que
retire les permissions propres à khadija et au groupe site1.
Les permissions ACL par défaut d'un répertoire () s'annulent par .
Le masque est une synthèse des valeurs les plus permissives que possède un fichier doté d'une ACL. Les droits de l'utilisateur fondamental ne sont cependant pas pris en compte. Le masque est calculé automatiquement :
Ce fichier n'a pas d'ACL donc pas de masque.
Maintenant que le fichier possède une ACL, il a reçu un masque : les permissions les plus élevées (utilisateur exclu) étant , c'est aussi la valeur du masque.
L'intérêt du masque est de pouvoir limiter d'un coup toutes les permissions d'un fichier (étendues ou non), sauf celles du propriétaire ; on utilise pour cela le préfixe suivi du droit maximal à accorder :
Les valeurs modifiées sont indiquées par le commentaire « effective: » suivi des permissions effectives après l'application du masque (ici, jean et web n'ont plus que le droit , la situation reste la même pour www-data).
Cette commande suivie d'un nom de fichier affiche l'ACL de ce fichier (get file's ACL « récupérer l'ACL du fichier »). Par exemple :
On voit qu'outre les droits traditionnels attribués à root:www-data (droits indiqués après et ), sont aussi définis :
Noter que , et représentent le triplet utilisateur / groupe / reste du monde des permissions classiques. Appliquer cette commande sur un fichier qui n'a pas d'ACL définie donne les mêmes informations que , dans un format différent :
Ces commandes doivent pouvoir lister, copier et déplacer les ACL en même temps que les fichiers. Pour les deux premières commandes, il faut préciser explicitement que l'on veut afficher/conserver les droits (ce qui est aussi le cas quand on ne travaille que sur les droits classiques) : , . La commande mv, quant à elle, préserve toujours les droits.
Quand les droits étendus ne peuvent être conservés (déplacement ou copie vers un système de fichier qui n'est pas configuré pour les recevoir ou utilisation d'une version de cp trop ancienne), un message d'avertissement en informe l'utilisateur. Par exemple :
Noter qu'un fichier comportant une ACL qu'on veut lister par n'affiche qu'un à la suite de ses permissions. Seule la commande getfacl, pour l'instant, permet d'avoir connaissance du détail. Par exemple :
Avec , on sait que le fichier possède une ACL (), sans en connaître les constituants.
Le gestionnaire de bureau KDE permet, depuis la version 3.5, de visualiser et manipuler les ACL des fichiers. Il suffit de cliquer avec le bouton droit de la souris sur un fichier et de sélectionner l'onglet « Droits d'accès » puis « Droits d'accès avancés ». De là, on peut consulter l'ACL du fichier de manière graphique.
Sauvegarder des données dotées d'ACL nécessite :
Pour contourner le problème de sauvegarde, il est possible d'écrire toutes les ACL dans un fichier qui servira de base à une restauration ultérieure : récupère les informations récursivement et les inscrit dans un simple fichier. La restauration se fait au moyen de . Il faut, pour qu'elle fonctionne, se placer à la racine contenant l'arborescence, en raison de la notation relative des chemins (d'où le message que l'on peut souvent lire en tapant des commandes avec ces programmes). Le chemin d'un répertoire /tmp/test est enregistré comme tmp/test : on doit donc, pour restaurer, lancer la commande depuis la racine de /tmp, c'est-à-dire /.
Par exemple : le répertoire /tmp/test contient trois fichiers à ACL. On sauvegarde les ACL avec . Pour restaurer, on se place à la racine () et on lance . Si on avait lancé la commande depuis /test, setfacl aurait renvoyé les erreurs :
Les préfixes abrégés peuvent être développés et les permissions codées en octal (avec préfixe 0 optionnel). Ces trois commandes ont donc le même sens :
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© 27.10.05 Vincent Ramos
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